Les formations en langues avec Linguapolis : la rigueur germanique, le service à l'americaine, et la French Touch en plus !  

Ça Se Passe Par Ici

Black out...

dans le noir affiche

ou comment se mettre dans la peau d’un non-voyant… C’est l’expérience qui m’a été proposée de vivre au Mercure de Sophia-Antipolis en ce mois d’octobre. Curieuse, très intriguée même, mais en même temps très difficile dans mes goûts culinaires, je ne savais pas à quoi m’attendre, et surtout comment j’allais réussir à transférer le contenu de mon assiette jusque dans mon estomac !
Tout d’abord, notre guide-serveur nous accompagne à notre place, dans le noir total bien sûr. Mais comment sait-il exactement où se trouve la table et à quel endroit exactement il doit s’arrêter alors qu’il ne touchait rien. A-t-il compté ses pas ? a-t-il un GPS intégré ?

Je m’assieds et pars à la découverte de ma place, à tâtons bien sûr. Au début, tout semble simple. La fourchette à gauche le couteau à droite, l’assiette au milieu, tout va bien, c’est normal. La cuillère derrière l’assiette, et juste derrière, le verre à eau et le verre à vin (incassables !). Puis une petite info de notre serveur : « …et au milieu de la table, vous avez à disposition une corbeille de pain, une carafe d’eau et une bouteille de vin. ». Zut, il va falloir se servir tout seuls ! Attention à ceux qui sont arrivés en chemise blanche ! Et comment faire la différence entre l’eau et le vin au toucher ? Ah si, ça va, il y a une carafe et une bouteille. Tout va bien !

Première étape : l’entrée. Vincent, le directeur de l’hôtel, m’avait briefée : « En général, les gens mangent l’entrée avec les doigts, puis prennent les couverts pour le plat principal ». Super, c’est une excellente idée. C’est donc totalement déculpabilisée que je pars à la découverte de mon entrée avec mes doigts. Notez que de toute façon, mes voisins de table n’en auraient rien su… Oups, c’est mou ça, qu’est-ce que c’est ? Et ça ? C’est plus ferme, je peux le mettre à la bouche. Hmm, pas mauvais du tout, mais aucune idée de ce que je mange… C’est une sensation vraiment bizarre, et intéressante à la fois. On aiguise ses autres sens (mais pas ses couteaux !). C’est chaud ? froid ? Qu’est-ce que ça sent ? Et la texture ? Qu’est-ce que ça peut bien être ?

danslenoir picture

Au plat principal, je redeviens une grande fille et mange avec mes couverts. Je me sens un peu comme un jeune enfant qui commence à manger à table. Mais comment font les non-voyants au quotidien ? Rien n’est simple quand on est dans le noir. Pour se servir à boire (sans en mettre partout !), pour savoir ce qu’il reste encore dans l’assiette, pour réussir à mettre les aliments sur la fourchette et espérer qu’il en reste dessus quand on arrive à sa bouche… Et bien sûr, dans notre cas, tout était à température idéale pour mettre directement en bouche. Mais combien de fois me suis-je brûlé la bouche au quotidien, alors pourtant que je savais c’était brûlant et que je faisais attention. Dans le noir, une impression d’être seule face au challenge !

Après le dessert, et des conversations très animées entre les convives, il faut se décider à quitter nos places. A la sortie, la lumière semble crue, violente et il faut un moment pour se réhabituer à la réalité, à notre réalité. Je suis ravie d’avoir relevé le challenge (je ne me suis pas planté un couteau dans la main… ni dans celle de mon voisin, j’ai survécu et n’ai même pas faim en sortant de table : VICTOIIIIIRE !). Et on découvre enfin ses voisins de droite, de gauche et d’en face dont on n’a qu’entendu les voix pendant 1h30. « Ah, c’est toi Jean-Charles! Bon ben, enchantée ! »

Pour nous, voyants, cela reste une expérience d’un jour, un peu comme un jeu, mais nous avons bien conscience que ce soir, les handicapés, ce ne sont pas nos guides non-voyants… Mais d’ailleurs, en nous entendant pendant cette soirée, sourient-ils de notre maladresse et de notre désespoir, de nos « sombres » mésaventures et de nos remarques de débutants ? Se pourrait-il que nous soyons parfois comme un petit rayon de soleil pour eux ??? En tous cas, chapeau bas à toute l’équipe et longue vie à « Dans le noir ? » de Sophia.