L’IA versus formateur : Duel ou Duo pour maîtriser une langue ?

C’est le nouveau dilemme qui agite les couloirs de la formation : pour progresser en anglais, en espagnol ou en mandarin, faut-il encore investir dans des heures de face-à-face pédagogique, ou suffit-il désormais de discuter avec un avatar dopé au GPT-4 ?
La machine, l’athlète de la répétition et de la disponibilité
L’intelligence artificielle possède des atouts que même le meilleur des professeurs ne peut égaler : l’ubiquité et l’absence totale de jugement. Pour un salarié qui craint de paraître ridicule en bégayant ses premiers mots, l’IA offre une zone de sécurité psychologique absolue. Elle permet aussi de s’entraîner à 23h dans le train ou à 7h avant une réunion, sans contrainte de planning.
Grâce à sa capacité de traitement, l’IA devient un tuteur de grammaire infatigable. Elle peut générer instantanément des scénarios de mise en situation ultra-spécifiques, comme préparer un pitch pour un client dans le secteur de la logistique, et corriger chaque erreur de syntaxe à la microseconde, de les expliquer et, tout comme un vrai formateur, de s’adapter aux progrès/difficultés des apprenants en temps réel.
Sur le papier, l’IA semble être le formateur idéal et un rapport qualité-prix imbattable.
Cependant, en y regardant de plus près, tout n’est pas si rose.
J’hallucine ?
Par ailleurs, les hallucinations de l’IA ne sont plus à démontrer. Or, en l’absence d’un formateur humain, qui sera en mesure de les détecter ? Comment accorder une confiance aveugle à une IA, comment garantir la qualité et la fiabilité des contenus qui semblent toujours irréprochables ? La mariée ne serait-elle pas trop belle ?
Ethique, vie privée et dépendance aux géants de la tech :
L’usage de l’IA implique collecte de données, potentielle appropriation de contenus, et dépendance à des plateformes propriétaires, à priori basées à l’étranger… lointain ! Il y a un débat réel autour de la transparence, de la protection des données ainsi que de la responsabilité pédagogique du contenu qui n’est pas réglé à ce jour.
Autonomie et effort cognitif
Si l’IA rend l’apprentissage facile, immédiat, souvent “prêt à consommer”, de plus en plus d’études pointent le risque qu’elle nuise à la capacité des apprenants à s’investir, à réfléchir, à mémoriser activement, à construire des compétences durables. On irait donc vers un certain « ramollissement du cerveau », de nombreux scientifiques avançant qu’à terme, l’IA surutilisée risque de nous rendre stupides.
Une langue n’est pas une science exacte
Une langue est d’ailleurs bien plus qu’un code informatique ou une suite de règles logiques. C’est ici que le bât blesse pour l’IA. Un algorithme peut vous apprendre à conjuguer au subjonctif, mais il ne vous apprendra pas à détecter l’ironie dans la voix d’un partenaire commercial britannique, ni à comprendre les silences pesants lors d’une négociation au Japon ou un non caché derrière un oui.
L’humain, un lien social, culturel et émotionnel
De nombreuses études insistent sur le fait que l’IA, aussi avancée soit-elle, ne peut pas remplacer la richesse de l’échange humain : l’humour, le contexte culturel, les nuances sociales, les réactions émotionnelles, l’humeur du jour de l’apprenant ou encore comprendre la détresse face à une difficulté.
Le « vrai » professeur, humain donc, reste le garant de cette dimension sociale et culturelle. Il apporte ce que l’IA ne possède pas : l’empathie, l’adaptation culturelle et surtout, l’engagement émotionnel. On apprend souvent une langue pour quelqu’un ou avec quelqu’un. Le lien social créé avec un formateur reste l’un des moteurs les plus puissants de la persévérance et de la confiance. De plus, là où l’on peut fermer une application par simple lassitude, il est plus difficile de mettre à la porte le formateur qui suit votre progression de semaine en semaine et avec qui vous aurez tissé des liens.
Vers une troisième voie : le formateur « augmenté »
L’IA peut cependant représenter une vraie opportunité pour les personnes vraiment motivées.
En effet, rien n’empêche un apprenant de demander l’aide de l’IA pour dégrossir les bases de la langue. Apprendre à saluer, se présenter, compter sont des compétences pour lesquelles on n’est pas absolument obligé de passer par un formateur humain, si tant est que la motivation et la persévérance sont là !
Le formateur pourra ensuite prendre le relais et tout ce qui aura été correctement acquis en autonomie sera simplement validé, voire renforcé pour passer ensuite à l’approfondissement des différentes composantes d’une langue : la grammaire, le vocabulaire certes, mais aussi les accents, la culture, les nuances, la prononciation, l’intonation, les registres de langue, bref la richesse de la langue.
Si l’IA sait parler, seul l’humain sait vraiment communiquer d’humain à humain et dispose de réelles compétences pédagogiques. Pour l’entreprise, la performance ne réside pas dans la capacité de ses salariés à faire une bonne traduction, mais dans leur aptitude à créer des ponts entre les cultures et à communiquer de manière fluide et naturelle. Et pour cela, nous aurons encore longtemps besoin de bienveillance, de sourires et de compréhension, bref, de compétences juste… humaines !

