Pourquoi le niveau d’anglais des salariés stagne (et comment y remédier)

Ah, l’anglais au travail… On le comprend “globalement”, on le parle “quand il faut”, on l’écrit “avec l’aide de Google Translate” — mais, soyons honnêtes, le niveau de nombreux salariés semble bloqué depuis… trop longtemps. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé : applications, séjours linguistiques, séries en VO… Pourtant, la progression reste modeste.
Pourquoi ce plafond de verre linguistique ? Et surtout, comment le briser ?
Le faux sentiment de “niveau suffisant”
Beaucoup de professionnels ont atteint un niveau intermédiaire confortable (autour du B1/B2- selon le CECRL). Ils comprennent les réunions, rédigent des e-mails corrects et commandent un café à New York sans panique. Résultat : la motivation s’émousse. Pourquoi s’acharner à progresser puisque “ça passe” ?
Ce niveau “fonctionnel” masque pourtant des lacunes structurelles : grammaire approximative, vocabulaire limité, accent figé… Ces limites deviennent visibles dès qu’on sort du cadre habituel — un client étranger exigeant, une présentation internationale, ou un entretien avec un recruteur anglophone. Et là, le “ça passe” devient un “ça coince”.
Se contenter d’un anglais de survie, c’est comme conduire en première : on avance, mais lentement… et le moteur finit par chauffer.
Le manque de pratique réelle
L’apprentissage d’une langue, c’est comme le sport : sans entraînement, les muscles se relâchent. Beaucoup de salariés utilisent l’anglais de façon passive — lecture d’e-mails, réunions ponctuelles, visios où “celui qui parle bien” prend la parole. Résultat : ils entendent beaucoup d’anglais, mais parlent très peu.
Beaucoup de salariés n’ont pas d’occasions réelles de pratiquer l’anglais oralement (et quotidiennement) au travail. Résultat : sans pratique active, la stagnation est inévitable.
Un mot entendu n’est pas un mot acquis : il faut l’utiliser, l’oser, le risquer !
Des formations mal calibrées (ou inexistantes)
Autre coupable : les formations trop génériques… quand elles existent.
Beaucoup d’entreprises préfèrent financer des formations techniques (logiciels, conformité, management) qu’elles jugent “prioritaires”, au détriment des compétences dites “transversales” comme les langues. L’anglais est souvent relégué au second plan, perçu comme un “plus”, pas un levier stratégique.
Résultat : les salariés se débrouillent seuls, ou avec des cours collectifs standardisés ou en ligne, sans lien avec leur métier. Un ingénieur, une assistante commerciale et un manager RH n’ont pourtant ni les mêmes besoins ni les mêmes enjeux linguistiques, et chacun présente des lacunes, des faiblesses ou des modes d’apprentissage différents. Une formation efficace doit s’adapter à chacun et être basée sur le concret du travail, pas seulement de “travelling abroad” ou de “ordering in a restaurant”.
Le tabou de l’anglais en entreprise
Il faut aussi parler d’un phénomène très répandu : la honte linguistique.
De nombreux salariés n’osent pas avouer leur faiblesse en anglais, par peur d’être jugés ou désavantagés dans leur carrière. Ils se taisent en réunion et laissent parler les autres, évitant les interactions avec les collègues étrangers.
Ils estiment que leur niveau d’anglais n’est pas assez bon pour oser le pratiquer devant leurs collègues (encore plus que devant leurs interlocuteurs anglophones !). Le paradoxe ? Ce sont souvent ceux qui ont le plus besoin de progresser… mais qui ne demandent pas de formation.
Résultat : tout le monde fait comme si le niveau global était bon. Et le statu quo s’installe confortablement.
Le facteur psychologique : la peur du ridicule
Même chez les plus compétents, la peur de mal parler reste un frein puissant.
L’adulte redoute l’erreur, surtout en contexte professionnel. Accent trop français, faute de grammaire, manque de fluidité… et hop, on se tait.
Or, la parole, même imparfaite, est le moteur de l’apprentissage.
Et les apprenants adultes qui osent pratiquer, même avec des erreurs, progressent nettement plus vite que ceux qui “attendent d’être prêts” (et ne le seront jamais dans ces conditions…)
Moralité : mieux vaut parler mal que se taire parfaitement.
Nos conseils pour sortir de la stagnation ?
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Miser sur la régularité, pas l’intensité
Mieux vaut 15 minutes d’anglais par jour que 3 heures une fois par mois.
Le cerveau adore la régularité : la révision du dernièr cours, une courte vidéo, un article, quelques flashcards… chaque micro-exposition consolide la mémoire.
Apprendre l’anglais, c’est comme se brosser les dents : un peu chaque jour évite les caries linguistiques.
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Créer des occasions de parler
Les progrès viennent de l’oral. Exploitez chaque opportunité, même minime, de pratiquer. Par exemple :
- Un « small talk at the coffee machine » avec votre nouveau collègue étranger qui ne parle pas français. Aucun enjeu comme cela peut être le cas dans les réunions, donc aucun risque si ce n’est pas correct, et sûrement moins de stress et de pression.
- Fixez-vous d’oser au moins une phrase en anglais dans chaque réunion, même si c’est pour demander de reformuler ou de clarifier, ou remercier à la fin.
- Organiser un “English coffee break” hebdomadaire avec les locuteurs natifs de votre entreprise.
L’essentiel est de parler, même entre non natifs car la fluidité se forge dans la répétition.
D’ailleurs, en entendant parler vos collègues italiens, espagnols, indiens, chinois ou autres, vous vous rendrez certainement compte que leur anglais n’est pas parfait non plus. Il est temps de décomplexer !
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Choisir des formations sur mesure
Une formation doit être personnalisée : adaptée au niveau, au métier, au secteur d’activité et aux objectifs. Différentes formules existent (présentiel, visio, elearning… A vous de définir celle qui vous conviendra le mieux, ou de vous faire accompagner pour vous aider à le définir ! Un bon formateur ne “fait pas un cours” : il construit un parcours.
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Encourager une culture d’apprentissage ouverte
Les entreprises ont un rôle clé à jouer.
Investir dans les compétences linguistiques, c’est investir dans la communication, l’inclusion, l’agilité et la compétitivité internationale.
Valoriser la pratique de l’anglais au quotidien, reconnaître les efforts, normaliser l’erreur et accompagner les collaborateurs dans la formation, c’est transformer une contrainte en atout collectif.
Si le niveau d’anglais des salariés stagne, ce n’est donc pas un mystère linguistique.
C’est un mélange de peur individuelle (honte, peur de se ridiculiser), de manque de pratique, de manque d’accompagnement, et parfois bien sûr, de manque de moyens.
Mais rien d’irréversible : avec une politique de formation plus équilibrée (financée par le plan de formation, les fonds propres de l’entreprise ou encore via le CPF du salarié), un suivi adapté, une dose de bienveillance, et un max de pratique bien sûr, les progrès reviennent vite.
Apprendre l’anglais à l’âge adulte, ce n’est pas viser la perfection : c’est gagner en aisance, en confiance et en ouverture. Et ça, c’est tout sauf stagnant.
Because English is not a mountain to climb — it’s a road to travel, step by step (and preferably, without Google Translate).


